Qui sommes-nous, d'où venons-nous, pourquoi sommes-nous là ? Autant de questions qui trouvent parfois leurs réponses dans ce monde tangiblement matériel. Dans le creux d'un rêve, l'instant d'une nuit ; dans les méandres pensées incalculées ; dans cette latente lucidité ou encore cette intuition partagée et trop souvent féminisée.
Dans cette vie j'en ai deux. Celle d'avant et celle d'après. Ma naissance physique égale de très près ma naissance spirituelle (j'aime à dire que je n'ai que 10 ans). Une décorporation de l'esprit en date du 21 mars 1998, date fatidique. Evénement dont j'ai appris le patronyme bien plus tard : une Near Death Experience ou NDE.
Une route printanière du nord de la France, le vent frais pénètre dans le défaut d'isolation de mon casque. Il fait beau. Je traverse la forêt. Des rayons lumineux passent ça et là entre les arbres. C'est une belle ballade. Le sourire aux lèvres m'en témoigne. Le signe du retour à la civilisation approche. Un témoin rouge lumineux. On ralenti. Je déboîte pour me mettre à l'aplomb du feu. Il y a quatre voitures. Je double la première, la seconde, le feu passe au vert. Je réaccélère. Et voici la dernière. Celle qui n'avait pas mis son clignotant et qui vire brusquement à gauche. Le choc est plus surprenant que violent. J'en ferme les yeux. Je sens la jugulaire fermée passer outre le menton pour rendre sa liberté au casque. Me voici tête nue arrivant en roulant sur la margelle d'un trottoir asphalté. Le choc ! Le corps se meurt, l'esprit se libère... J'ère...
Beaucoup de lumière m'aveugle. Pour la première fois je regarde avec mes yeux véritables. Une sensation de bien être m'envahi. Alors serait-ce cela le paradis ? Pourtant je trouve étrange de voir mon corps inerte, vingt mètres plus bas. Une vue plongée sur la moto fracassée, les voitures arrêtées, les badauds commençant à approchés.
Ce monde d'en bas ne m'appelle pourtant pas. La ligne d'horizon sur cette sphère bleutée est une pure merveille. Et au-dessus de ce point de fuite sans fin, la lumière blanche originelle. C'est elle qui m'appelle.
Un dernier coup d'½il sur ma dépouille ensanglantée et je commence à virevolter. Les sons et les images prennent une ampleur tout autre et la perception est décuplée. Notre esprit est quasi en état de connaissance absolue. « Quel bonheur de tout comprendre. Comme Adam a dû être content en croquant la pomme de la connaissance et Newton en la recevant sur la tête. » Mais cette course est très vite arrêter par ma grand-mère maternelle décédée quatre ans auparavant. Enfin, je dis ma grand-mère mais c'est plus un ectoplasme de lumière sur lequel ma conscience colle le dernier visage de bonheur que j'ai connu d'elle. Elle me parle sans bouger les lèvres mais je n'ai jamais aussi bien compris une communication que celle télépathique. La télépathie est de telle que nous communiquons à la vitesse de la pensée. C'est une émotion indescriptible que de ne pas se parler en comprenant tout. Le langage des yeux fait cela avec superbe. Dans cette communication post mortem où le temps est devenu relatif elle me fait comprendre que j'ai encore des choses à vivre sur cette terre. Je regarde en bas et déjà les pompiers commencent à s'afférer autour de mon corps sans vie. Un dernier regard complice à mon ange gardien et mon âme se recompose pour s'entreposer doucement dans cette enveloppe charnelle. Les connections nerveuses se refont petit à petit.
J'ouvre les yeux.
Je ne me rappelle pas m'être endormi ici hier soir. J'ai l'impression d'avoir fait une nuit de quatorze heures composée de multiples orgasmes. Je me réveille comme une fleur. De l'herbe verte lèche mon nez et du sang à l'air de couler de ma bouche. Ai-Je réellement eu cet accident de moto ? Rapide check up. Pied droit ? ok. Pied gauche ? ok. Doigts de la main ? Tous ok. Ouf ! Mais un sérieux mal de tête prend sa genèse. La douleur revient petit à petit et commence à devenir insupportable. Les pompiers déchirent méticuleusement mes vêtements à la recherche de fractures ouvertes. En vain. C'est la tête qui a tout pris. On m'enveloppe soigneusement dans des couvertures en vue de me porter sur un brancard. Il fait de plus en plus froid. Je grelotte. Je gémis. Je n'en peut plus de cette douleur grimpante et lancinante. J'étais si bien là haut. La terrible attraction terrestre et son lot de douleurs physiques reviennent à la charge tel un boomerang chaotique. Je demande la permission de m'évanouir au secouriste me tenant la main. Affirmation. Début du coma. Il durera deux jours.
Bilan physique : ¼dème cérébral, fracture frontale de douze points de sutures, cisaillement de la mâchoire supérieure et inférieure, déviation de la cloison nasale, renfoncement du menton, bleus, bosses et contusions... Mais quel pied mes amis... hi hi...
Cette expérience, je ne la partage que très rarement. J'ai d'ailleurs pas mal hésité avant de la poser sous vos yeux. Mais c'est grâce à d'autres écrits comme celui que j'ai réussi à me réconforter des hommes de sciences qui n'y prônaient que la pure imagination. Du délire post traumatique comme ils disent. Cela m'a fait comprendre à quel point l'humanité a encore tant de retard sur sa propre connaissance. La spiritualité est la clef. Le vingt et unième siècle sera spirituel ou ne sera pas disait André Malraux. Cette petite phrase résonne dans ma tête tel un leitmotiv. Je m'applique à renverser les codes et les idées reçues dans ce monde de l'apparence. Je dévoile leur ignorance aux ignorants et encense de connaissance les plus curieux. Nous sommes tous présent pour exécuter un rêve subjectif bien précis dans cette vie. Si nous échouons par trop d'oisiveté décourageante, les portes de la réincarnation resteront ouvertes pour nous. Nous avons tous une étincelle de vie en nous. Et c'est à nous qu'il advient de la faire grossir pour qu'elle devienne la plus lumineuse possible et enfin, se rapprocher un peu des étoiles. Chacun sa méthode, ses armes et ses dons pour donner une parcelle de bonheur à son prochain. Il faudra réapprendre à voir au lieu de regarder et à écouter au lieu d'entendre. Les paroles du c½ur, la voix de la raison et cette intuition, toujours cette intime intuition...